Cette étude a été dirigée par Betty ROSSIN Jacques DE MOUZON, Jean Paul TAAR et Zohra MOUROUVIN

 

  INTRODUCTION

 

De nombreuses questions restent posées sur le retentissement de l’ICSI sur l’issue des grossesses et sur l’état de l’enfant à la naissance, notamment concernant le taux de malformations En 1999, sur les ponctions de 1994 à 1997, FIVNAT avait rapporté, pour les ICSI, un taux de fécondation inférieur et un taux d ’avortements supérieur, par rapport à la FIV classique. L’état du nouveau-né était tout à fait satisfaisant, mais on notait une augmentation modérée des anomalies à la naissance, portant sur les malformations organiques, notamment cardiaques, ainsi que sur les anomalies des autosomes. Cette dernière conclusion pouvait être entachée d’un biais de diagnostic, puisque ces grossesses font plus souvent l’objet de diagnostic prénatal, notamment lorsque l’homme est fortement oligo-asthéno-tératosperme ou azoosperme, ou que le sperme a été obtenu par prélèvement chirurgical. Ces résultats restaient à confirmer sur de plus grands échantillons.

 

PATIENTES ET METHODES ( tableau 1)

 

Pour cette étude, ont été sélectionnées toutes les grossesses issues des ponctions de 1994 à 2000, pour lesquelles une connexion avec la fiche tentative était possible (27 928 grossesses et 28 510 enfants). Ont ensuite été exclus les cas où le sperme utilisé venait d’un donneur ou dont l’origine n’était pas précisée. Ainsi, cette étude porte sur 27 802 grossesses, 16 557 après FIV et 11 245 après ICSI, et 28 376 enfants (16 666 et 11 710). Parmi les grossesses obtenues par ICSI, 439 proviennent d’un sperme épididymaire frais (461 enfants), 290 d’un sperme testiculaire frais (310 enfants) et 271 d’un sperme ponctionné congelé (294 enfants). La fiche Fivnat utilisée jusque récemment ne permettait pas de différencier l’origine épididymaire ou testiculaire du sperme ponctionné congelé, ce qui a maintenant été corrigé.

 

RESULTATS (tableaux 2 à 6)

 

            L’issue des grossesses après ICSI est globalement plus favorable qu’après FIV classique, essentiellement car le taux de GEU y est plus faible (1,7 % Vs. 3,5 %, p<0,05). Cependant, on observe un taux de FCS significativement plus élevé (p<0,05) lorsque les spermatozoïdes provenaient d’une ponction testiculaire (20,7 %) plutôt que d’un éjaculat (17,3 %), ou d’un prélèvement au niveau de l’épididyme (14,7 %).

Il n’y a pas de différence dans les taux de grossesses multiples selon l’origine du sperme. En revanche, le taux de prématurité est légèrement supérieur en FIV par rapport à l’ICSI (p<0,05), reflet probable de la pathologie féminine, On note par ailleurs une augmentation du taux d’hypotrophes chez les enfants uniques conçus avec du sperme ponctionné (p<0,05), non significative chez les jumeaux.

Il n’y a aucune différence sur la mortalité périnatale, mais les effectifs sont trop faibles pour avoir une puissance correcte, surtout lorsqu’il s’agit de sperme ponctionné.

Il n’y a pas de différence globale entre FIV et ICSI concernant le taux global de malformations et d’anomalies génétiques. Cependant, on note une augmentation significative du taux d’anomalies génétiques, en cas de ponction testiculaire par rapport aux ICSI avec sperme éjaculé ou épididymaire et par rapport aux FIV (respectivement 194,8, 60,8, 108,5 et 55,4 p mille, p<0,001).

 

DISCUSSION

 

            Les études publiées dans la littérature sont contradictoires. Ainsi, Bonduelle (Human Reprod 2002), sur 5884 enfants (2955 FIV et 2840 ICSI), ne trouve pas de différence dans le taux de malformations majeures (respectivement 3,8 % et 3,4 %). Dans les ICSI, il n’y a pas de différence selon que le sperme est éjaculé (n=2477, 3,4 %), testiculaire (n=206, 2,9 %), épididymaire (n=105, 3,8 %). De même, Hansen (N. Engl J Med 2002) ne montre pas de différence dans le taux de malformations majeures entre FIV et ICSI (respectivement n=837, 9,0 % et n=301, 8,6 %). En revanche, Aboulghar et coll. (Fertil Steril 2001), sur 430 caryotypes successifs d’enfants ICSI et 430 témoins trouvent 3,5 % d’anomalies (15 bébés) en cas d’ICSI et 0,0 % chez les témoins (p<0,0001)

 

CONCLUSION

 

            Les résultats observés ici ne montrent pas d’augmentation du taux global de malformations en ICSI, sur des effectifs importants. La seule réserve concerne les anomalies génétiques pour les ICSI avec ponction de spermatozoïdes. Cependant, Ils reposent cependant sur des effectifs encore faibles pour ces cas. Ils doivent donc encore êtres interprétés avec prudence et montrent bien la nécessité de poursuivre des enquêtes comme Fivnat sur du long terme.